Leçon de Géostratégie Africaine n°83: Pourquoi ceux qui croient en Dieu sont-ils moins intelligents que les autres?

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Nous sommes le 15 novembre 1978. Le député américain Léo Ryan né le 25 mai 1925 se rend en Guyane.

Il va passer 3 jours à interroger les membres d’une secte américaine conduite par le pasteur américain Jim Jones qui s’est installé avec toute sa congrégation après avoir quitté les Etats-Unis pour créer selon lui un endroit sans racisme ni impérialisme. Sa congrégation compte environ 1 000 membres.

Les familles restées aux Etats-Unis se plaignent de l’emprise que le gourou a sur les membres. C’est ce qui amène le représentant du Congrès américain à s’y rendre, accompagné des caméras et journalistes de la télévision NBC.

La visite va très bien se passer. En apparence. Les membres ont été tous bien briefés sur les propos bienveillants à tenir pour redorer le blason du pasteur Jim Jones ou mieux du « père », comme il aimait se faire appeler, « père Jim », qui prétend être l’incarnation de Jésus Christ.

Le 18 novembre 1978, le jour du retour du politicien avec les journalistes à sa suite, les choses ne vont pas se passer comme prévu. A la surprise générale, certains membres de la secte vont demander au politicien de rentrer avec lui. Ryan est d’accord. Mais le gourou refuse. En même temps, les 2 avions de tourisme qui l’accompagnaient sont bondés de membres de la secte, qui veulent fuir et rentrer à la maison.

Il y a un problème : si ces adeptes quittent et rentrent aux Etats-Unis, ils vont certainement raconter sans retenue la vérité sur l’intérieur de la secte. Cette probabilité est inacceptable pour le « Père Jim ».

Le problème est que toute la scène est filmée par la télévision NBC. S’il refuse, en quelque sorte, il est en train de reconnaître que des membres sont retenus dans la secte contre leur gré. S’il accepte, ces membres vont tout trahir.

D’un côté ou de l’autre, le « Père Jim » est en très mauvaise posture. Pour se sortir d’affaire, il va choisir la solution la plus tragique : il va assassiner le politicien américain, Leo Ryan, et les journalistes qui l’accompagnaient.

Quelques heures après, le « Père Jim » va mettre en exécution le plan qu’il préparait depuis des mois : il fait boire, en premier aux 300 enfants des membres, du jus de raisin contenant un somnifère et l’un des poisons les plus dangereux au monde, le cyanure.

Les parents qui assistent en direct à la mort de leurs enfants, n’ont plus aucune force morale pour s’opposer à leur propre mise à mort.

Ensuite, c’est naturellement au tour des parents. Sur une bande audio trouvée qu’il a appelée : « death tape », le gourou parle de la nécessité d’un « suicide révolutionnaire ». Voici ses mots :

« N’ayez pas peur de mourir, la mort est juste le passage vers un autre plan, la mort est une amie […] Tous devraient se montrer aimables envers les enfants et les personnes âgées et prendre la potion [poison] que les Grecs prenaient durant l’Antiquité […] Nous n’avons pas commis de suicide, nous avons commis un acte de suicide révolutionnaire en protestation contre les conditions de ce monde inhumain ».

Les adultes vont aussi tous recevoir le cocktail mortel. Le « Père Jim » se tire une balle dans la tête et gît à côté de tous les autres cadavres, au total 914 victimes.

De son vrai nom James Warren Jones, le pasteur américain Jim Jones né le 13 mai 1931 dans l’Etat de l’Indiana, qui avait créé sa propre église protestante dénommée « Le temple du Peuple », va être l’auteur de l’une des pires dérives sectaire du XXème siècle.

Sur les 914 cadavres, 400 ont été enterrées dans des fosses communes parce que les familles pauvres ne pouvaient pas payer les frais pour identifier et ramener les corps à la maison, mais encore plus surprenant, plusieurs familles de victimes ne se sont pas manifestées par honte. Honte du degré de la stupidité des victimes pour suivre un charlatan meurtrier.

37 ans sont passés. Nous sommes en 2015 et lorsqu’on parcourt les rues du continent africain, on est surpris de constater que la leçon de Jim Jones n’a pas été apprise par les dirigeants africains.

De la République Démocratique du Congo au Kenya en passant par le Cameroun, le Nigeria, le Ghana et bien d’autres pays africains, les nombreux Jim Jones pullulent dans les rues, avec de somptueuses églises et des pancartes géantes. A la radio ou à la télévision, les ondes ne sont pas épargnées.

Pour n’avoir pas su dire non à temps à la pression des églises dites classiques, catholiques et anglicanes, les dirigeants politiques africains se sont eux-mêmes piégés par ces fous de l’ère moderne.
Il ne s’agit pas de prévision. C’est ce qui est en train d’arriver. C’est même déjà arrivé, notamment en Ouganda.

Nous sommes en 1988. Une dame de 36 ans, Credonia Mwerinde, née en 1952 à Kateete en Ouganda, affirme avoir vu avec son père, Paulo Kashaku, la vierge Marie, Jésus-Christ et saint Joseph. L’année d’après, en 1989, elle rencontre Joseph Kibwetere, qui affirme lui aussi avoir les mêmes visions.

Mwerinde et Kibwetere dans cette vision commune décident de créer un mouvement sectaire qui prendra le triste nom de : « Mouvement pour la Restauration des Dix Commandements de Dieu ». Les deux prophètes, Credonia et Joseph, ont quelque chose en commun : les deux viennent de familles catholiques très croyantes, où avaler sa salive devant un morceau succulent de manioc accompagné d’avocat ou le saffou rôti, sans au préalable remercier le Seigneur aurait été un véritable sacrilège qui aurait pu l’amener tout droit au purgatoire.

Dans ce mouvement, Credonia Mwerinde se fait appeler : « Ekyombeko kya Maria » (c’est-à-dire : la personne de confiance sur terre de la Vierge Marie).

Après seulement 10 ans, le mouvement compte jusqu’à 5 000 fidèles. Puisqu’elle parle avec la vierge Marie tous les jours, cette dernière lui communique une information en avant-première, un scoop, un vrai secret à partager uniquement avec les fidèles privilégiés.

Le secret est que la fin du monde arrive le 1er janvier 2000. Ce jour-là, il y aura l’Apocalypse. Tout le monde va mourir et se présenter pour le Jugement Dernier. Les fidèles qui ont œuvré pour faire triompher les 10 commandements de Dieu, seront les seuls qui seront admis au paradis.

Le 31 décembre 1999, dans de nombreux pays dans le monde, à minuit, c’est l’heure magique de changement de siècle. Des fêtes de réveillon monstres sont organisées un peu partout en Ouganda. Pour les fidèles du Mouvement pour la Restauration des Dix Commandement de Dieu, c’est l’attente de la délivrance. Les parents tiennent les mains des enfants pour enfin franchir tous ensemble les portes du paradis.

Il est 23h59 en Ouganda. C’est le décompte fatidique.

Alors que les voisins crient le chiffre 2000, c’est la consternation chez les fidèles. Parce que rien ne se passe. On attend. Toujours rien. Peut-être que Dieu est en retard, trop occupé à calmer les nombreux fêtards de cette nuit-là.

Le lendemain, calme plat. Pas d’ombre de la fin du monde. Rien. Des fidèles commencent à se téléphoner pour être certains qu’ils n’ont pas loupé le train pour le paradis. Et c’est la même consternation chez tous les fidèles qui ont remis tous leurs biens à la baronne, afin d’entrer au paradis limpide, loin des biens terrestres acquis dans le péché.

On veut des explications. Ekyombeko kya Maria ne sait pas quoi dire. C’est la tension dans le groupe. Elle leur promet que Dieu a juste repoussé leur arrivée au paradis. En effet, la Vierge Marie va lui annoncer qu’elle viendrait elle-même chercher les fidèles réunis à l’église au mois de mars, pour les conduire tous au paradis.

Finalement, le 17 mars 2000, réunis dans leur église, les fidèles auront ce qu’ils attendaient. Un incendie gigantesque avec des flammes qui atteignent 10 mètres de hauteur détruit l’église. Tous les fidèles présents vont mourir calcinés. La police ougandaise va dénombrer 500 cadavres dont de nombreux enfants.

Il s’agit bien entendu de morts gratuites, puisque Dieu n’existe pas, et avec ça, le paradis n’existe pas. Ce sont donc des véritables assassinats de masse, des plus pauvres mentalement et culturellement, et qui vont encore se reproduire n’importe où en Afrique, vu le laxisme avec lequel ce sujet est affronté.

Je suis allergique aux gens qui se contentent de parler de problèmes africains sans en proposer les solutions. Je cherche toujours à proposer la solution d’un problème que je soulève, et j’essaie également de montrer la question sous un angle différent.

Et pour ce thème, plutôt que de dire aux gens de ne pas suivre les charlatans et les gourous qui leur vendent le vent appelé JESUS, puisque personne ne peut appliquer de telles suggestions, il est plus utile que j’explique comment les sectes opèrent et surtout, quels sont les pièges qu’ils tendent au plus ignorants et les différentes techniques qu’ils utilisent pour piéger leurs proies.